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Récits de vie et biographie

Écrire un récit de vie : une aventure humaine

 

J’ai réalisé à ce jour une quinzaine de récits de vie de personnes dont on ne parle pas, qui ne sont pas (pour la plupart) sur le devant de la scène. J’ai rencontré des hommes et des femmes de tous horizons, de profils très différents. Chaque itinéraire est unique et respectable. Dans le regard des descendants, chacun de ces témoignages est un cadeau précieux.

Entrer dans l’univers de l’autre

J’ai voyagé avec cette fille de militaire, dont les petites-filles ont souhaité avoir le récit de la vie nomade de son enfance.

Avec cette autre dame, j’ai assisté aux fêtes juives qui ont jalonné sa vie quotidienne à Fès.

J’ai retracé la réussite professionnelle de cet entrepreneur sarthois, qui, marche après marche, a creusé le sillon de son succès.

J’ai relaté les différents métiers de cet homme attachant, qui ne s’est jamais consolé du décès de son épouse, et qui trouve son ancrage dans les joies familiales.

J’ai changé de nouveau d’horizon avec cette Française d’Algérie, qui a passé ses jeunes années dans ce lumineux paradis, mais qui a dû, comme tant d’autres, rentrer en France en 1962.

Le  travail de biographie est un chemin semé de doutes, mais aussi (et surtout) de joies profondes.

Richesse de la rencontre, intensité des échanges où l’émotion surgit au détour d’une séquence de vie.

Force des histoires universellement similaires, mais qui n’ont pourtant rien à voir les unes avec les autres.

Plaisir de la découverte d’un parcours qui se dévoile petit à petit, avec ses réussites et ses doutes, ses regrets et ses joies, sa grandeur et sa banalité.

S’adapter à la demande du narrateur

Le narrateur se raconte, avec plus ou moins de réticence, de pudeur, mais aussi avec la joie de dire, le plaisir de transmettre. Quant à moi, j’écoute, je donne la parole, je relance l’échange, je capte l’émotion. Et j’enregistre sur mon dictaphone, afin de ne rien perdre.

La seconde étape est de retranscrire au plus juste la confidence reçue. L’objectif  idéal serait qu’à la lecture, les proches puissent reconnaître le style, la personnalité du narrateur.

La demande des narrateurs n’est pas la même selon les personnes et les sensibilités. Certains souhaitent la retranscription la plus fidèle possible de leur discours. Ils attendent juste une mise en forme des phrases, un petit « rafraîchissement » pour s’adapter aux nécessités de la langue.

D’autres veulent que j’aille plus loin, que je traduise au mieux l’émotion qui pointe au-delà du mot. Ils veulent que j’extraie l’essence du matériau brut apporté. Il faut alors se « mettre à la place » du narrateur, et tenter d’exprimer son bouillonnement émotionnel avec les mots qu’il aurait pu dire.

Remettre ma copie, lors de l’entretien suivant, suppose d’accepter d’être jugée et évaluée. Va-t-il (va-t-elle) apprécier ma proposition ? Suis-je dans le ton attendu ? Ai-je bien tout compris  ? Ai-je réussi à relayer la parole, l’ intention ?

Recevoir le compliment est plutôt agréable, mais il faut aussi accepter de se tromper et de ne pas coller exactement à ce que le narrateur attend. Il faut alors rectifier, modifier, réajuster. Et faire preuve d’humilité !

 

Envisager d’écrire la vie des autres a représenté pour moi un défi stimulant. Cela m’a permis, tout en restant au contact avec l’autre, de me rapprocher de mon axe et de retrouver l’enthousiasme de la créativité. « La réussite ne se trouve pas dans la meilleure des places, la plus haute ou la plus payante, mais dans le maximum que l’on peut tirer de soi-même »  : cette citation, d’un certain Réjean Tremblay (journaliste et scénariste québécois), me parle bien.