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Écrire la vie des autres : un exercice exigeant

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J’ai réalisé à ce jour une quinzaine de récits de vie. J’ai retracé l’itinéraire de personnes dont on ne parle pas, et qui, le plus souvent, ne sont pas sur le devant de la scène. Dans le regard des descendants, ce témoignage est toujours un cadeau précieux. Pour le biographe, écrire la vie des autres est un exercice exigeant. Respecter chaque demande, chaque histoire, chaque itinéraire est une règle essentielle.

D’une histoire à une autre

Récit-dun-centenaireJ’ai rencontré des hommes et des femmes de tous horizons, de profils très différents.

J’ai recueilli la parole de ce centenaire, avec l’aide de ses enfants pour stimuler sa mémoire. Il est parti quelques semaines après Noël, heureux d’avoir partagé son recueil de souvenirs avec ses proches.

Cette fille de militaire a été sollicitée par ses petites-filles pour mettre en mots la vie nomade de son enfance. J’ai voyagé avec elle en Indochine, au Sénégal et au Maroc.

Avec cette ancienne enseignante, j’ai assisté aux fêtes juives qui ont jalonné sa vie quotidienne à Fès.

Cet entrepreneur sarthois a évoqué son ascension et sa réussite professionnelle. J’ai découvert avec intérêt comment il avait creusé peu à peu le sillon de son succès.

J’ai relaté les différents métiers de cet homme attachant, qui ne s’est jamais consolé du décès de son épouse, et qui trouve son ancrage dans les joies familiales.

Cette Française d’Algérie a retracé ses jeunes années dans son lumineux paradis avant de devoir, comme tant d’autres, rentrer en France en 1962.

Mais les autres témoignages sont tout aussi riches et intéressants…

De multiples déclinaisons

Le  travail de biographie est un chemin semé de doutes, mais aussi (et surtout) de joies profondes. Richesse de la rencontre, intensité des échanges où l’émotion surgit au détour d’une séquence de vie.

Force des histoires universellement similaires, mais qui n’ont pourtant rien à voir les unes avec les autres. Plaisir de la découverte d’un parcours qui se dévoile petit à petit, avec ses réussites et ses doutes, ses regrets et ses joies, sa grandeur et sa banalité. Pour tous, au final, les mêmes espoirs, les mêmes sentiments, les mêmes désespoirs, mais déclinés de multiples façons.

Le narrateur se raconte, avec plus ou moins de réticence, de pudeur, mais aussi avec la joie de dire, le plaisir de transmettre. Quant à moi, j’écoute et je donne la parole. Je relance l’échange et je capte l’émotion.

L’entretien est enregistré sur mon dictaphone, afin de ne rien perdre. La seconde étape est de retranscrire au plus juste la confidence reçue. L’objectif  idéal serait qu’à la lecture, les proches puissent reconnaître le style, la personnalité du narrateur.

S’adapter à la demande

La demande des narrateurs n’est pas la même selon les personnes et les sensibilités. Certains souhaitent la retranscription la plus fidèle possible de leur discours. Ils attendent juste une mise en forme des phrases, un petit « rafraîchissement » pour s’adapter aux nécessités de la langue.

D’autres veulent que j’aille plus loin, que je traduise au mieux l’émotion qui pointe au-delà du mot. Ils veulent que j’extraie l’essence du matériau brut apporté. Je dois alors me « mettre à la place » du narrateur. L’exercice consiste à exprimer son bouillonnement émotionnel avec les mots qu’il aurait pu dire.

Remettre ma copie, lors de l’entretien suivant, suppose d’accepter d’être jugée et évaluée. Va-t-il (va-t-elle) apprécier ma proposition ? Suis-je dans le ton attendu ? Ai-je bien saisi toutes les nuances évoquées ? Ai-je réussi à relayer la parole, l’ intention ?

Recevoir le compliment est plutôt agréable. Mais le biographe doit aussi accepter de se tromper et de ne pas coller exactement à ce que le narrateur attend. Il faut alors rectifier, modifier, réajuster. Et faire preuve d’humilité !

 

Envisager d’écrire la vie des autres a représenté pour moi un défi stimulant. Cela m’a permis, tout en restant au contact avec l’autre, de me rapprocher de mon axe et de retrouver l’enthousiasme de la créativité. « La réussite ne se trouve pas dans la meilleure des places, la plus haute ou la plus payante, mais dans le maximum que l’on peut tirer de soi-même »... Cette citation, d’un certain Réjean Tremblay (journaliste et scénariste québécois), me parle bien.

 

 

 

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