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Récits de vie et biographies

Une des motivations : transmettre

Même si peu de personnes passent à l’action, nombreux sont ceux qui ont pensé un jour à écrire leurs souvenirs. Un travail de recherche, à partir d’une analyse lexicographique, a été réalisé en 2010 par Gérontologie et société  pour tenter d’identifier les fonctions des histoires de vie chez les seniors.

 

 

 

 

Une démocratisation progressive de « l’écriture du moi »

L’autobiographie est une pratique ancienne. Dès l’Antiquité, Marc Aurèle (empereur romain et philosophe stoïcien du IIe siècle) a écrit ses Pensées, invitant l’homme à se libérer de ses passions. Un peu plus tard, Saint-Augustin a relaté les étapes chronologiques de son existence dans ses Confessions.

Mais il n’en était pas de même pour le citoyen moyen. L’écriture sur sa vie (autobiographies, biographies, mémoires) ne se pratiquait pas, car la conscience de l’individu et la conscience collective avaient tendance à se confondre. L’individualité a été mise à jour peu à peu, avec l’expansion de l’instruction, de la connaissance puis de la technologie.

Dans les sociétés modernes et post-modernes, chacun s’est peu à peu singularisé et s’est distingué de l’autre. L’écriture du moi a alors pris son essor et la tendance du « retour sur soi » s’est développée.

Une enquête à partir des données de l’A.P.A.

Les histoires de vies peuvent être recueillies et conservées par l’A.P.A. (Association pour l’autobiographie). L’objectif de cet organisme à but non lucratif est de constituer un patrimoine biographique pour les générations futures. Chaque texte est systématiquement lu par un comité de lecture, qui en fait un résumé avant de l’archiver dans une bibliothèque publique.

L’enquête de Gérontologie et société sur la motivation des narrateurs a été effectuée à partir de 557 de ces comptes-rendus de récits réalisés par des personnes de plus de 60 ans. Les données ont été analysées à l’aide d’un logiciel, et cette étude a été complétée par huit entretiens semi-directifs.

Écrire sa vie : dans quel but ?

L’analyse lexicale des comptes-rendus fait apparaître six contextes sémantiques :

– la quête de reconnaissance : le récit de vie est une façon de diffuser une image valorisée de soi, de réparer ou de flatter son ego ;

– la thérapie : écrire sa vie peut servir d’exutoire à un mal-être et permettre d’exprimer une souffrance, en utilisant le pouvoir libérateur de l’écrit. Le récit  a pour objectif de se réapproprier sa vie, de lui redonner un sens. Il peut aussi avoir pour fonction de se défendre d’accusations, de démentir une réputation ;

– le testament : l’histoire de vie permet de retracer le parcours du narrateur et devient un document à préserver, qui survivra à son auteur. Il marque une volonté de ne pas être oublié ;

– la communauté : la biographie peut constituer un moyen de communication, un vecteur d’échange et de partage. Elle transmet des valeurs, des convictions ;

– la famille : la démarche sert également  à « passer le témoin ». Elle fait revivre les membres de la famille disparus en transmettant la mémoire familiale à la génération suivante ;

– le patrimoine : c’est un moyen de témoigner sur un destin collectif, de situer la petite histoire de chacun dans la grande histoire d’une société. Ces témoignages très variés peuvent parler de la guerre, mais aussi d’un fait de société ou d’un engagement idéologique.

 

Mais, quelles que soient les motivations des narrateurs, une règle systématique s’applique à tous les récits de vie d’hier et d’aujourd’hui : le regard sur son histoire est toujours subjectif, et il reste une composition et une recomposition du vécu. « La mémoire, ce n’est pas le retour du passé, c’est la représentation du passé. » Boris Cyrulnik